Pervers narcissique, relation toxique : quand les mots soulagent… mais peuvent aussi enfermer

Le moment où tout semble enfin s’expliquer

Il y a souvent un moment précis. Un moment de bascule.

Cela arrive rarement pendant la relation. Le plus souvent, c’est après. Après la rupture, après l’épuisement, après les larmes. Quand il faut comprendre pour tenir debout.

Une conversation entre amies, un article lu tard le soir, une vidéo qui surgit par hasard. Et soudain cette impression très forte : tout s’éclaire. Ce que l’on n’arrivait pas à nommer trouve enfin une forme. Le doute, la fatigue, la confusion, l’impression d’avoir perdu confiance en soi. Le mot apparaît, évident, presque libérateur : pervers narcissique.

Quand un mot fait du bien

Pour beaucoup de femmes, ce mot a été un soulagement. Il a permis de mettre du sens là où il n’y avait que du brouillard. Il a aidé à sortir de la culpabilité, à se dire que non, ce n’était pas de la faiblesse, ni de la folie. Il a rendu visibles des souffrances longtemps banalisées ou minimisées.

Il est important de le dire clairement : ce mot a fait du bien. Il a permis une libération de la parole. Il a donné une légitimité à des vécus relationnels longtemps disqualifiés.

Ce que l’on entend aussi en psychothérapie

Mais en psychothérapie, une autre réalité apparaît. Plus silencieuse. Plus nuancée. Et parfois inconfortable.

Car à mesure que le terme se diffuse, une question revient de plus en plus souvent : comment être sûre de ne pas se tromper ? Comment distinguer une relation réellement toxique d’une relation profondément douloureuse, mais différente ? Et surtout, comment utiliser ces mots sans qu’ils deviennent une nouvelle prison psychique ?

Des relations qui font mal sans être spectaculaires

La plupart des femmes qui parlent aujourd’hui de relation toxique ne décrivent pas des scènes violentes ou spectaculaires. Il n’y a pas toujours de cris, pas toujours de conflits ouverts.

Ce qu’elles racontent, c’est plutôt une usure lente. Une perte de confiance progressive. Le sentiment de ne jamais être à la bonne place. L’impression de trop demander, ou de ne jamais faire assez. Une vigilance permanente, comme si quelque chose pouvait basculer à tout moment.

Elles disent souvent qu’elles ne se reconnaissaient plus. Qu’elles doutaient de leurs émotions. Qu’elles s’excusaient sans cesse. Qu’elles finissaient par penser que le problème venait d’elles.

Le mot qui répare… et parfois fige

Dans ce contexte, le mot pervers narcissique vient parfois réparer quelque chose. Il remet de l’ordre dans le chaos. Il redonne une cohérence à une expérience vécue comme incompréhensible.

Mais ce que l’on observe aussi, c’est que ce mot explique parfois trop bien. Qu’il devient une réponse globale, immédiate, à une réalité relationnelle qui mériterait d’être explorée plus finement.

Ce que le terme « pervers narcissique » recouvre réellement

Il est important de rappeler une chose, même si elle surprend. Le terme pervers narcissique n’est pas un diagnostic clinique officiel. Il n’existe pas comme tel dans les classifications psychiatriques.

Cela ne signifie évidemment pas que les violences psychologiques n’existent pas. Ni que les relations destructrices seraient une invention. Cela signifie que ce mot est un concept populaire, un mot-valise qui regroupe plusieurs réalités : des traits narcissiques, des comportements manipulateurs, des dynamiques de domination, des relations profondément déséquilibrées.

Il décrit souvent très bien ce que l’on a vécu, mais pas toujours ce que l’autre est psychiquement.

Pourquoi ce mot apparaît souvent après la rupture

Le terme pervers narcissique apparaît très souvent après la rupture. Ce n’est pas un hasard.

Après une relation dans laquelle on s’est beaucoup investie, après une séparation douloureuse, le psychisme cherche du sens. Il cherche à comprendre, à réparer, à se protéger. Dire « ce n’était pas moi le problème » n’est pas une posture confortable ou paresseuse. C’est parfois une nécessité vitale pour ne pas s’effondrer.

Mais ce récit peut aussi devenir une armure. Une protection si rigide qu’elle empêche toute autre lecture.

Toutes les relations douloureuses ne sont pas des relations toxiques

Toutes les relations qui font souffrir ne sont pas des relations toxiques au sens pathologique du terme.

On peut souffrir énormément avec une personne qui ne sait pas aimer, qui est émotionnellement absente, qui fuit l’intimité, qui est immature affectivement ou profondément blessée. La douleur est réelle. La solitude est réelle. Le sentiment d’abandon est réel.

Mais cela ne signifie pas nécessairement que l’autre était pervers narcissique.

Les personnalités réellement destructrices existent

Il existe des personnalités profondément destructrices. Des personnes qui utilisent l’autre comme un objet, qui n’éprouvent pas d’empathie émotionnelle, qui mentent de manière chronique, qui jouissent du pouvoir psychologique qu’elles exercent.

Ces profils existent, et les relations avec eux sont réellement toxiques. Mais ils sont beaucoup plus rares que ce que laissent entendre certains discours actuels.

Quand le récit devient immobile

En psychothérapie, certains récits interpellent non parce qu’ils seraient faux, mais parce qu’ils sont figés. Tout est déjà expliqué. Tout est déjà interprété. L’autre est entièrement coupable, la relation entièrement unilatérale.

Or un récit figé empêche souvent la transformation. Il empêche d’aller voir ce qui, dans la relation, mérite d’être compris pour ne pas être répété.

La dynamique relationnelle, une vérité inconfortable

Il existe une réalité plus inconfortable, mais aussi plus libératrice : beaucoup de relations douloureuses fonctionnent comme des systèmes.

Souvent, on observe une personne distante, froide ou dominante, et en face, une personne très investie, attentive, parfois sacrificielle. Ce duo crée une tension permanente. Une quête d’amour d’un côté, un retrait de l’autre.

Cela ne signifie pas que les responsabilités sont égales. Cela signifie que la relation est co-construite, même lorsqu’elle est profondément déséquilibrée.

Le risque des lectures trop binaires

Les discours actuels sur le pervers narcissique proposent souvent une lecture très binaire. Il y aurait les victimes d’un côté, et les manipulateurs de l’autre.

Cette vision rassure, mais elle enferme. Elle peut figer les femmes dans une identité de victime permanente, et transformer toute fragilité masculine en pathologie. Surtout, elle empêche de poser la question la plus importante : qu’est-ce qui, en moi, m’a conduite à rester, à espérer, à m’oublier dans cette relation ?

Ce que la psychothérapie propose réellement

La psychothérapie ne cherche pas à enlever un mot pour en imposer un autre. Elle propose un espace où l’on peut raconter autrement.

Un espace où l’on ralentit, où l’on revient aux faits, aux émotions, aux choix conscients et inconscients. Quand une femme dit « mon ex était pervers narcissique », le travail thérapeutique n’est pas de valider ou de contredire. Il est d’écouter, d’explorer, de comprendre ce qui s’est réellement joué.

Sortir d’une relation toxique autrement que blessée

Guérir d’une relation toxique ne consiste pas seulement à quitter l’autre ou à le diagnostiquer. Guérir, c’est retrouver sa capacité de discernement. C’est comprendre ses fragilités. C’est apprendre à poser des limites. C’est ne plus se perdre dans une relation pour être aimée.

La psychothérapie ne cherche pas à dire « vous aviez raison, il était toxique ». Elle cherche à permettre autre chose : comment ne plus revivre la même histoire sous une autre forme.

Au-delà des étiquettes, retrouver sa liberté

Parler de pervers narcissique et de relation toxique a été nécessaire. Cela a permis à beaucoup de femmes de se relever.

Mais la véritable liberté commence souvent au-delà des étiquettes. Quand on accepte de regarder son histoire avec honnêteté, sans se juger, sans se condamner. Quand on cesse de chercher uniquement ce que l’autre a fait, pour s’intéresser aussi à ce que l’on a vécu, toléré, espéré.

La psychothérapie offre cet espace-là. Un espace pour comprendre, se réparer, et surtout redevenir sujet de sa vie relationnelle.

Parfois, la question la plus libératrice n’est pas « qu’est-ce qu’il m’a fait ? » mais « qu’est-ce que cette relation m’a appris sur moi, et comment puis-je avancer autrement ? »

Si vous traversez une situation relationnelle confuse ou douloureuse, vous pouvez me contacter. Un espace d’écoute peut déjà permettre d’y voir plus clair.

(illustration : image Freepik)

 

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